Château Musée Vodou de Strasbourg : regard sur une culture méconnue

Ville cosmopolite ouverte sur l’Europe, Strasbourg abrite depuis janvier 2014, le seul et unique musée au monde qui traite de la thématique vodou d’Afrique. Rencontre avec Adeline Beck, administratrice du Château Musée Vodou.

 

Adeline Beck merci d’accorder cet entretien à afiavimagazine.com. Mais avant d’aller à l’essentiel, pourriez-vous nous présenter en quelques mots, l’association des Amis du Musée Vodou ?

Bonjour et merci pour l’intérêt porté au musée. L’association des Amis du Musée Vodou est composée d’une douzaine de membres actifs qui ont à cœur de faire vivre ce musée totalement privé et qui doit donc s’autofinancer. Le Président Denis Leroy est entouré des collectionneurs et fondateurs Marc et Marie Luce Arbogast. L’équipe salariée du musée comprend une administratrice et 5 guides-conférenciers.

Nous accueillons les publics et organisons des visites guidées pour groupes d’adultes et de jeunes. Nous impulsons une programmation scientifique et culturelle riche autour de la thématique du musée et favorisons les recherches sur le vodou dans le but de faire découvrir une culture souvent méconnue en Europe.

Que peut-on donc retenir de trois années d’activités au Château Musée Vodou ?

Des évènements et temps forts pour faire vivre la culture vodou et le musée. Des visiteurs toujours plus nombreux ; plus de 14 000 curieux depuis l’ouverture du musée en janvier 2014. Des publics enchantés de leur visite, souvent très surpris par ce qu’ils ont découvert et appris sur cette philosophie de vie d’Afrique de l’Ouest. L’esthétique particulière des œuvres marque également leurs esprits et ils sont heureux d’avoir vécu une expérience singulière dans le musée.

musssDe plus en plus de personnes deviennent des soutiens de l’association et reviennent dans nos locaux pour vivre ces moments privilégiés. L’association n’est cependant pas encore parvenue au seuil d’autofinancement et les restrictions budgétaires ne nous permettent pas de réaliser autant de projets que nous le souhaiterions. Pour la survie du musée, il est désormais incontournable de trouver plus de mécènes et de donateurs.

Mais si le Château Musée Vodou gagne ainsi en notoriété, comment pourriez-vous équilibrer vos comptes voire développer vos activités en comptant uniquement sur des fonds privés ? Quelles démarches envisagez-vous pour bénéficier de l’aide publique ?

Pour l’instant, nous sommes partis sur cette voie du privé (mécènes et billetterie) en espérant un jour pouvoir équilibrer le budget ; car les instances publiques n’ont pas souhaité donner de suite à nos demandes de subventions au sujet de la programmation culturelle et scientifique et de l’ouverture au jeune public.

Strasbourg abrite le parlement européen, est-ce un atout pour le Château Musée Vodou ?

Bien entendu, Strasbourg est une ville cosmopolite, ouverte sur l’Europe. Etre proche du parlement, cela a un sens symbolique fort, et c’est une possibilité de tisser des partenariats au niveau international. Enfin, l’attractivité du parlement nous permet d’attirer également quelques visiteurs supplémentaires.

 Strasbourg et l’Alsace peuvent donc s’enorgueillir d’abriter le seul et unique musée au monde qui traite de la thématique vodou d’Afrique. Pourquoi avez-vous choisi de promouvoir une  thématique aussi singulière ?

L’histoire de la collection repose sur la concrétisation d’un rêve d’enfant de Marc Arbogast : aller parcourir les territoires d’Afrique. Une fois devenu PDG des Brasseries FISCHER, il a commencé vers 1960 à chasser l’éléphant, le lion et le buffle. Cela lui a permis de vivre de nombreuses fois au cœur des populations africaines en partageant leur quotidien. Il a ainsi été rapidement invité à participer à leurs cérémonies, pratiques et rituels. C’est là qu’il a découvert le vodou, comme un art de vivre.

La collection a donc grandi au fur et à mesure et Marc Arbogast a fait le choix de l’ouvrir au public en créant ce musée. Promouvoir cette thématique, c’est également parler d’une autre culture, de la culture de l’autre, dans un esprit d’ouverture et de tolérance et c’est également ce qui nous plait dans ce musée.

Est-ce parce que le vodou pratiqué en dehors du continent noir reste souvent des variantes et des restes de la religion d’origine que vous n’en faites pas une priorité?

Pas exactement, mais plus simplement du fait que la thématique du musée repose sur la « collection Arbogast » et que cette collection est constituée uniquement d’objets venus d’Afrique de l’Ouest. Le collectionneur a fait le choix de cibler le berceau du vodou pour sa collection. La thématique du musée est donc en cohérence avec ce choix.

Les variantes sur les autres continents sont également très intéressantes à étudier et à présenter, mais pour l’instant nous préférons nous concentrer sur le berceau du vodou : il y a déjà tellement à dire ! Mais devant les demandes du public, nous commençons également à nous former et à apprendre à mieux connaitre ces variantes.

Vous avez organisé, à l’occasion de la fête des religions traditionnelles au Bénin, des visites guidées nocturnes à la lampe torche. Qu’avez-vous voulu faire comprendre au public, que le vodou est réfractaire à une grande luminosité ?

Pas du tout ! Je ne vois pas en quoi le vodou serait réfractaire à la lumière… Cette visite a été proposée car nous savons qu’elle plait beaucoup aux visiteurs. C’est un moyen de visiter le lieu avec un guide, donc avec des explications, mais avec un éclairage différent. Grâce aux lampes de poche, les visiteurs découvrent les œuvres de manière plus précise, plus focalisée. On remarque mieux les détails, les différents matériaux utilisés, leur enchevêtrement. La pénombre du lieu permet de ne pas s’attarder sur la scénographie et de découvrir les pièces différemment. C’est un autre regard qu’on porte sur la collection.

Quels sont les points saillants de la programmation 2017 du Château Musée Vodou ?

Nous proposons pour 2017 de nouveaux thèmes de conférence, la première qui a eu lieu en mars a permis au collectionneur de présenter les nouveaux objets arrivés dans la collection. En mai, une conférence traitera des syncrétismes religieux en pays vodou : comprendre l’inclusion des saints catholiques aux rites vodou. En juin, nous aurons une autre conférence sur la création contemporaine en Afrique de l’Ouest.

Comme les années passées, nous proposons tous les 3e dimanches du mois, des visites guidées à thème. Cela permet de bénéficier des savoirs d’un guide sur un sujet précis et de découvrir le vodou sous un angle plus poussé en étudiant par exemple les sacrifices, les plantes de la pharmacopée vodou, les asen, les bocio, etc. En début d’année, nous avons aussi accueilli une chorale, réalisé des ateliers plastiques, etc. Et pour 2018, un peu en avant première, l’équipe scientifique réserve aux curieux une belle surprise !

2017 est déclarée Année internationale du tourisme durable. Que vous inspire cette initiative de l’Organisation des Nations Unies ?

Le but d’une telle année est de favoriser la compréhension entre tous les peuples, faire mieux connaître le riche héritage des différentes civilisations et faire davantage apprécier les valeurs inhérentes aux différentes cultures, contribuant ainsi à renforcer la paix dans le monde. Cette thématique trouve donc une résonnance directe avec notre musée. Depuis notre ouverture, nous nous efforçons au quotidien d’ouvrir nos portes à tous, tout en réalisant un travail de médiation envers les différents publics que nous accueillons afin de mieux faire comprendre et connaitre cette culture souvent méconnue. À l’image de nos voyages en Afrique, nous souhaiterions que ce musée continue à provoquer des rencontres surprenantes et audacieuses, attisant toujours et encore la curiosité pour la nature humaine, dans l’esprit de créativité qui est celui-là même qui préside à la fabrication de ces objets inattendus, parfois rebutants, mais toujours profondément humains.

Comment la promotion de la diversité culturelle peut-elle contribuer au renforcement de la  paix dans le monde ?

S’ouvrir à l’autre, découvrir une culture différente, d’un autre pays, d’un autre continent c’est déjà faire un pas vers l’autre. Ce n’est pas une chose toujours aisée, car c’est aussi prendre le risque de s’ouvrir à quelque chose qui peut nous paraitre étrange, ou même qui nous fait parfois un peu peur, qui nous questionne, qui interroge notre propre identité, la remet en question, la fait vaciller. Cette remise en question est essentielle pour pouvoir essayer de comprendre l’autre et de ne pas entrer en conflit avec lui. Essayer d’appréhender les différences, c’est également ne plus les poser en obstacle et favoriser un climat d’entente et de compréhension mutuelle, malgré l’altérité.

René Georges Bada, Afiavimag

+d’infos:

4, rue de Koenigshoffen 
67000 STRASBOURG
www.chateau-vodou.com