Couverture sanitaire universelle d’ici 2030

Dans le monde, près d’un habitant sur deux ne bénéficie pas d’une couverture complète des services de santé essentiels. 100 millions de personnes tombent chaque année dans l’extrême pauvreté à cause des dépenses de santé laissées à leur charge, tandis que plus de 800 millions de personnes dépensent au moins 10% de leur budget pour payer les soins de santé. C’est pour remédier à la situation que les états membres de l’Organisation des Nations Unies ont décidé, dans le cadre des objectifs de développement durable, d’atteindre la couverture sanitaire universelle d’ici 2030.

La couverture sanitaire universelle est une situation dans laquelle toutes les personnes et toutes les communautés bénéficient des services de santé dont elles ont besoin sans se heurter à des difficultés financières. C’est la gamme complète des services de santé essentiels de qualité, qu’il s’agisse de la promotion de la santé, de la prévention, des traitements, de la réadaptation et des soins palliatifs.

Elle permet d’avoir accès aux services des causes les plus importantes de morbidité et de mortalité ; et garantit que la qualité de ces services soit suffisamment bonne pour améliorer la santé des personnes qui en bénéficient.

En protégeant les gens des conséquences financières du paiement des services de santé à leur charge, on réduit le risque qu’ils sombrent dans la pauvreté lorsqu’une maladie soudaine les force à dépenser les économies de toute une vie, à vendre leurs biens ou à emprunter, détruisant ainsi leur avenir et ceux de leurs enfants.

La bonne santé, gage du développement

La couverture sanitaire universelle est l’une des cibles que les pays du monde se sont fixées lorsqu’ils ont adopté les objectifs de développement durable en 2015. En avançant vers la couverture sanitaire universelle, les pays progresseront également vers d’autres cibles liées à la santé et vers d’autres objectifs. La bonne santé permet aux enfants d’apprendre, aux adultes de gagner leur vie; elle aide à sortir de la pauvreté et jette les bases du développement économique sur le long terme.

Mais elle ne signifie pas la gratuité de toutes les interventions possibles, quel qu’en soit le coût, aucun pays ne pouvant délivrer gratuitement et durablement tous les services.

Elle n’est pas simplement le financement de la santé ; mais tous les éléments du système de santé: prestation des services, personnels de santé, établissements, réseaux de communication, technologies de la santé, systèmes d’information, mécanismes d’assurance de la qualité, gouvernance et législation.

Elle ne se limite pas à assurer un ensemble minimum de services de santé; il s’agit aussi de veiller à étendre progressivement la couverture des services de santé et la protection contre le risque financier, à mesure que les ressources disponibles augmentent.

Elle ne porte pas que sur les services de traitement individuel; elle inclut aussi les services pour la population, comme les campagnes de santé publique, la fluoration de l’eau, la lutte contre les gîtes larvaires des moustiques, etc.

Elle est très loin de se limiter à la santé seulement. Avancer pour l’instaurer implique aussi de prendre des mesures en faveur de l’équité, des priorités du développement, ainsi que de l’inclusion et de la cohésion sociale.

Renforcer les systèmes de santé dans tous les pays

Beaucoup de pays progressent déjà vers la couverture sanitaire universelle. Tous peuvent prendre des mesures pour avancer plus rapidement vers ce but ou pour maintenir leurs acquis. Dans les pays ayant traditionnellement des services de santé accessibles et financièrement abordables, les gouvernements rencontrent des difficultés croissantes pour répondre aux besoins sanitaires en perpétuelle augmentation des populations et à la hausse des coûts des services de santé.

Avancer vers la couverture sanitaire universelle suppose un renforcement des systèmes de santé dans tous les pays. Des structures solides de financement sont essentielles. Quand les gens doivent payer de leur poche la plus grande part des coûts des services de santé, les pauvres se retrouvent souvent dans l’incapacité d’obtenir les nombreux services dont ils ont besoin et même les riches peuvent être confrontés à des difficultés financières en cas de maladie grave ou de longue durée.

Le regroupement des fonds provenant des sources obligatoires de financement peut répartir les risques financiers de la maladie sur toute une population.

Améliorer la couverture des services de santé et les résultats sanitaires dépend de la disponibilité, de l’accessibilité et des capacités des personnels de santé pour délivrer des soins intégrés de qualité, centrés sur la personne. Les investissements dans les personnels des soins de santé primaires sont ce qu’il y a de plus indispensable et de plus rentable économiquement pour améliorer l’équité de l’accès aux services de santé essentiels. Une bonne gouvernance, de solides systèmes d’achat et d’approvisionnement en médicaments et en technologies de la santé, ainsi que des systèmes d’information sanitaire fonctionnant bien sont d’autres éléments cruciaux.

Définir les services faisant l’objet d’une prise en charge, mais aussi la manière dont ils sont financés et gérés sont les deux aspects essentiels à mettre en relief pour la couverture sanitaire universelle. Un changement fondamental doit se produire de façon à ce que les services soient désormais intégrés et centrés sur les besoins des personnes et des communautés.

Cela comporte une réorientation des services de santé pour veiller à ce que les soins soient prodigués dans la structure la plus appropriée, avec un juste équilibre entre les soins hospitaliers et ambulatoires, ainsi que le renforcement de la coordination des soins. Les services de santé, qu’il s’agisse de médecine traditionnelle ou complémentaire, organisés autour de l’ensemble des besoins et des attentes des personnes et des communautés, leur donneront les moyens de jouer un rôle plus actif pour leur santé et leur système de santé.

Les indicateurs de progrès

Avec la Banque mondiale, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a élaboré un cadre pour suivre les progrès de la couverture sanitaire universelle en surveillant la proportion de la population pouvant avoir accès à des services de santé essentiels de qualité et la proportion de la population dépensant une grande part des revenus familiaux pour la santé.

Elle considère également le niveau général de la couverture sanitaire universelle et la mesure dans laquelle elle est équitable en offrant la couverture des services et la protection financière à toutes les personnes d’une population, y compris les pauvres ou ceux qui vivent dans des zones rurales isolées, par exemple.

16 services de santé essentiels dans 4 catégories sont utilisés comme indicateurs du niveau et de l’équité de la couverture dans les pays par l’OMS :

Santé de la reproduction, de la mère, du nouveau-né et de l’enfant : planification familiale, soins prénatals et obstétriques, vaccination complète de l’enfant, demande de soins pour la pneumonie.

Maladies infectieuses : traitement de la tuberculose, traitement antirétroviral pour le VIH, utilisation de moustiquaires imprégnées d’insecticide pour la prévenir le paludisme, services d’assainissement suffisants.

Maladies non transmissibles : prévention et traitement de l’hypertension artérielle, prévention et traitement de l’hyperglycémie, dépistage du cancer du col de l’utérus, consommation ou non des produits du tabac.

Capacités des services et accès : accès aux services hospitaliers de base, densité des personnels soignants, accès aux médicaments essentiels, sécurité sanitaire (respect du Règlement sanitaire international).

Chaque pays est unique et chacun d’eux peut axer son action sur différents domaines ou élaborer ses propres moyens de mesurer les progrès vers l’instauration de la couverture sanitaire universelle. Mais il y a une certaine utilité à recourir à une approche mondiale, utilisant des mesures standardisées internationalement reconnues, de façon à ce qu’elles soient comparables dans le temps et d’un pays à l’autre.

La couverture sanitaire universelle est solidement ancrée dans la Constitution de l’OMS de 1948 qui fait de la santé un droit fondamental de la personne et où figure l’engagement de veiller à ce que chacun puisse atteindre le meilleur état de santé possible.

L’OMS aide les pays à renforcer leurs systèmes de santé en vue d’avancer vers la couverture sanitaire universelle, de la maintenir et de suivre les progrès.

OMS & AFIAVIMAGAZINE