CRISPR, une biotechnologie révolutionnaire

CRISPR (Clustered Regularly Interspaced Short Palindromic Repeats) est une technique de manipulation du génome qui consiste à faire des modifications au niveau de l’ADN. A travers un livre, Jennifer Doudna et Samuel Sternberg exposent son mécanisme et ses implications. 

A Crack in Creation relate l’historique de CRISPR (Courtes répétitions palindromiques groupées et régulièrement espacées), ses futurs impacts et les questions éthiques.

Avant CRISPR, l’écriture du génome était un travail long, complexe et onéreux. La technique la plus efficace était l’ingénierie par nucléases à doigts de zinc, mais les doigts de zinc, éléments d’une protéine, coûtaient assez cher.

Une méthode simple, efficace et plus économique

Le système existe depuis bien longtemps dans la nature, c’est un élément du système immunitaire de nombreuses bactéries. Il est constitué de deux éléments : le premier s’apparente à un GPS capable de repérer la signature ADN d’un virus et de diriger vers celui-ci le second élément du dispositif, une enzyme capable de détruire le génome de l’envahisseur, la molécule Cas.

J DoudnaIl existe plusieurs sortes de Cas. Cas3, par exemple, éparpille l’ADN hostile en petits morceaux. Mais c’est la découverte d’un système CRISPR utilisant la molécule Cas9 qui va se révéler révolutionnaire : celle-ci est en effet capable de couper proprement une portion d’ADN repérée par le GPS. Lorsqu’un ADN est ainsi sectionné, il cherche à se réparer en intégrant un échantillon susceptible de prendre sa place au sein de la chaîne. Il suffit alors que soit présente une version modifiée de la séquence supprimée pour que celle-ci prenne sa place.

Des applications en élevage, en agriculture et en médecine

Des interventions sur des espèces animales et végétales sont envisagées ; on devrait pouvoir ressusciter des espèces disparues comme le souhaitent les partisans de la dé-extinction, voire en créer de nouvelles, comme des dragons volants ou des licornes, ou encore faire totalement disparaître des animaux nuisibles, comme les moustiques.

On peut diviser les thérapies par CRISPR en deux grandes catégories. Les modifications somatiques qui concernent la plupart des cellules du corps et celles effectuées sur les cellules sexuelles, qui affecteront toutes les générations suivantes. Bien sûr, dans le domaine thérapeutique, la plupart des recherches portent sur les modifications somatiques qui permettront de guérir des malades.

Les traitements somatiques peuvent être divisés en deux sous-catégories. L’application de CRISPR peut se faire in vivo ou ex vivo. Dans le second cas, on extrait un certain nombre de cellules malades du corps du patient, qu’on traite alors en tube à essai. Une fois le gène de ces cellules convenablement modifié, on réintroduit ces dernières à l’intérieur du corps. C’est le genre de pratique idéale pour les maladies du sang, le patient pouvant ainsi s’auto-transfuser avec des cellules guéries, ou se faire son propre don de moelle épinière.

Dans le domaine de l’immunothérapie notamment, CRISPR pourrait s’avérer très précieux. Cette nouvelle thérapie contre le cancer se base sur la tentative de rendre nos anticorps plus efficaces pour combattre la maladie.

Sur la délicate question de la modification génétique sur la lignée, c’est-à-dire la mise en place de transformations du génome susceptibles d’être transmises à la génération suivante, il convient de retenir que l’édition génétique n’appartient pas à la même catégorie que les OGM.

Dans le cas des OGM, on introduit dans un organisme un fragment du génome d’une autre espèce. Dans l’édition génétique de type CRISPR, on n’introduit pas d’éléments étrangers : on se contente de modifier un gène, parfois très légèrement. !

S’il n’existe guère d’objections éthiques à l’usage des modifications somatiques des gènes, ce n’est bien sûr pas le cas de celles qui s’effectuent sur toute une lignée, surtout si l’être humain est concerné.

Que dire alors de l’éradication des maladies génétiques ?

A partir d’un certain point, la réparation est une forme d’augmentation. Pour exemple, le gène PCSK9, susceptible de réguler le taux de mauvais cholestérol. Manipuler cette zone permettrait à toute une lignée d’humains d’être protégée contre ce cholestérol, et donc contre les maladies cardiovasculaires. S’agit-il de réparation ou augmentation ? On pourrait très bien imaginer des dynasties de familles riches possédant ainsi un ensemble de mutations les protégeant contre la plupart des pathologies affectant leurs congénères humains, leur donnant ainsi un avantage certain.

Pour les auteurs du livre, il est évident que le caractère cruel et douloureux de certaines maladies génétiques justifie tout à fait leur éradication de l’espèce humaine. Là-dessus, ils sont d’avis avec Charles Sabine, une personne atteinte de la maladie de Huntington  pour qui, quiconque doit faire face à la réalité de l’une de ces maladies ne va pas se mettre à avoir des scrupules et à penser qu’il y a là un problème moral.

René Georges Bada