Djibouti : le naufrage de deux embarcations de migrants et de réfugiés fait au moins 30 morts

Cinq corps (trois hommes et deux femmes) ont été retrouvé mardi soir et 25 autres corps mercredi, a précisé l’OIM, qui précise qu’il s’agit de « chiffres à midi, heure locale ce mercredi ». « Les chiffres peuvent évoluer », a déclaré à ONU Info, Joel Millman, porte-parole de l’OIM à Genève.

Au total, 16 survivants ont été retrouvés, a précisé l’OIM, qui a souligné « apporter son soutien aux autorités djiboutiennes, qui continuent à patrouiller le littoral en quête d’autres survivants ». « Le gouvernement djiboutien a toujours fait preuve d’empathie et de leadership régional sur ce problème crucial. Nous continuerons à les aider à prévenir de telles tragédies et à protéger la vie des migrants », a déclaré Lalini Veerassamy, Cheffe de mission de l’OIM dans ce pays.

Mardi, une équipe de l’OIM s’était rendue sur les lieux pour s’enquérir de la situation et appuyer les institutions publiques. Elle a pu retrouver l’un des rescapés. Il s’agit d’un jeune homme de 18 ans qui a déclaré avoir pris place à bord de la première embarcation avec 130 personnes dont 16 femmes. Il disait ne pas avoir d’informations sur le nombre de passagers de la seconde embarcation, laissant craindre encore une augmentation du bilan des morts.

Presque 200 noyades confirmées au large d’Obock depuis 2014

Selon l’OIM, le drame s’est produit au large de Godoria, localité située dans la région d’Obock au nord de Djibouti. Les témoignages recueillis sur place indiquent que deux embarcations yéménites ont quitté Godoria mardi matin vers 5h30.

L’accident se serait alors produit à cause de la surcharge et de la forte houle, une trentaine de minutes après le départ. « Cet événement tragique démontre les risques auxquels sont confrontés les migrants vulnérables qui cherchent inconsciemment une vie meilleure », a ajouté la Représentante de l’OIM à Djibouti.

Interrogé sur la nationalité des victimes, le porte-parole de l’OIM a indiqué à ONU Info qu’il pourrait s’agir de ressortissants de pays de la Corne de l’Afrique, donc des Ethiopiens, des Somaliens ou des Erythréens. « Mais la route maritime où s’est produit le drame est généralement emprunté par les migrants et réfugiés éthiopiens », a précisé M. Millman.

Le détroit de Bab al-Mandeb, qui sépare Djibouti du Yémen, a la particularité de voir des bateaux de migrants passer dans les deux sens. Il y a d’abord ces migrants fuyant la guerre au Yémen et qui croisent aussi des bateaux remplis de migrants et réfugiés originaires de la Corne de l’Afrique en quête d’un avenir meilleur dans la péninsule Arabique.

Djibouti, un point de transit pour les migrants

D’après le Projet de l’OIM sur les migrants disparus (MMP), basé à Berlin, au moins 199 noyades ont été confirmées au large d’Obock, à Djibouti, depuis 2014. Ces données du MMP rendues publiques ce mercredi ont montré qu’avant la tragédie d’hier, trois naufrages importants d’embarcations ont été enregistrés au départ d’Obock.

Il s’agit notamment du drame d’une épave en février 2014, qui avait fait 17 morts ou portés disparus. Au cours de la même année, un autre naufrage a fait à la mi-novembre 2014 près de 30 décès. Deux autres tragédies ont été répertoriées en 2016 dont 10 morts le 5 octobre et 14 décès le 21 octobre. Au total, l’OIM estime qu’avant ce drame d’hier, le naufrage de bateaux de réfugiés dans les côtes djiboutiennes ont fait au moins 128 morts.

Situé face au Yémen ravagé par la guerre, près de la Somalie instable et de l’Ethiopie, Djibouti est devenu ces dernières années un point de transit pour les migrants en quête d’un travail dans la péninsule arabique.

Situé à la croisée de deux continents, le Yémen est historiquement un pays d’origine, de transit et de destination pour les migrants. En 2018, l’OIM estimait que plus de 90% des migrants sont des ressortissants éthiopiens, les 8% restant étant des Somaliens.

Les migrants qui arrivent au Yémen voyagent d’abord par la route, principalement par Djibouti, puis entreprennent un dangereux périple par bateau à travers le Golfe d’Aden en direction du Yémen, aujourd’hui l’un des itinéraires migratoires maritimes les plus empruntés du monde. Un nombre plus faible d’entre eux partent des côtes somaliennes.

Ces deux itinéraires sont aussi ceux qui voient traverser le plus de « jeunes », puisque les mineurs représentent environ 20% des migrants. Bon nombre sont non accompagnés, selon l’OIM.

SOURCE Centre d’actualités de l’ONU