INVITÉ : Constantin Adadja, réalisateur, dessinateur de presse et auteur de bandes dessinées

Constantin Adadja, vous êtes sorti d’une école de cinéma ; dessinateur de Constantin Adajapresse depuis 2007 dans un quotidien de la place, votre deuxième album de bande dessinée vient de paraître avec comme personnage central, un farouche résistant à la pénétration coloniale en Afrique !

En effet, il s’agit d’un travail historique dont l’idée originale revient à Sonia Houénoudé Couao-Zotti qui a voulu ramener le roi Gbêhanzin dans la mémoire collective. Je me suis retrouvé dans l’équipe de réalisation de l’album aux côtés de Florent Couao-Zotti, son mari et auteur du scénario.

Comment avez-vous réagi à pareille sollicitation sur un si important projet ?

Je dois avouer mon étonnement, je me voyais face à un défi après la sortie de mon premier album « Les trois singes » et je me demandais si mon niveau de dessin me permettrait de m’en sortir. Avec mes recherches, j’ai pu m’affirmer au fil des ans et cela a abouti à ce bel album.

Le projet  a-t-il suscité en vous une recherche graphique particulière ?

Au début, il fallait trouver un style ; j’ai fait des essais, recueilli des avis et conseils auprès des aînés.  Le temps a fait son œuvre et un style s’est affirmé comme celui de l’album.

Apparemment, vous avez une préférence pour le documentaire…

C’est un genre très intéressant où l’on a l’impression d’être un témoin des faits à restituer, c’est important pour moi.

Avez-vous encore souvenance des premiers dessins du projet ?

On ne les retrouve même pas dans l’album final, je les ai supprimés alors qu’ils étaient censés figurer sur la première planche. C’était un mélange de scènes avec le roi, un groupe d’amazones attaquant l’armée coloniale, la cour royale et des percussionnistes.

Mais pourquoi les avez-vous retirés de l’album ?

Une autocensure, environ quinze planches y sont passées mais d’autres aussi ont été censurées par l’éditeur.

Avez-vous des regrets sur certains aspects de l’histoire du personnage central que vous auriez voulu aborder et qui ont été occultés ?

L’histoire du roi Béhanzin a sa version orale et sa version écrite. Nous avons fait un travail de recherche en restant fidèle aux écrits. Par contre, j’ai beaucoup appris sur le côté mystique du personnage et j’aurais aimé mettre aussi cela en exergue. Je pence que ce ne serait pas réaliste et c’est bien pour cette raison que nous ne nous sommes pas aventurés sur cette piste.

N’est-ce pas plutôt par peur ?

Disons qu’on voulait rester dans le réel et ne pas évoquer des faits qu’on aurait du mal à justifier.

Quel trait de caractère du héros vous a le plus frappé ?

Sa forte présence, c’était un homme qui savait où il allait, un vrai leader ; c’est un personnage qui mérite qu’on s’y attarde.

Quels retours avez-vous de la famille du héros, des historiens ou du grand public depuis la sortie de l’album ?

Rien n’a été fait sans l’accord de la famille du héros, pour preuve, elle était bien représentée le 29 avril 2016, jour du lancement de l’album à l’Institut Français du Bénin à Cotonou ; mieux, elle nous a accompagnés en achetant le livre. Pour ce qui est des historiens, je ne suis au courant d’aucune réaction ; peut-être qu’il en a eu. Quant au grand public, ses interpellations et ses encouragements me renseignent au quotidien que le livre est bien accueilli.

Que ressentez-vous  en voyant cet album dans les rayons des bibliothèques ou des librairies ?

Beaucoup de fierté et c’est très impressionnant. Pour moi, c’est comme si je rentrais finalement dans un pays difficile d’accès ; je me réjouis d’avoir eu raison d’y croire.

Y-a-t-il d’autres héros béninois en vue pour des projets à venir ?

Cet album est le premier d’une série qui s’intéressera à des personnages historiques comme Bio Guerra, Toffa, Kaba, Ghézo et bien d’autres.

Comment avez-vous été rémunéré pour ce projet ?

Comme le projet s’est étalé sur des années, j’ai eu une avance au démarrage puis des compléments par la suite et je ne me plains pas pour le moment.

Disposez-vous du même ton de liberté dans le dessin de presse que dans la bande dessinée ?

On est plus libre dans le dessin de presse, dans la bande dessinée, on reste collé au scénario ; on ne peut pas aller au-delà, tout en restant dans les normes, contrairement au dessin de presse car, ici aussi, on n’est pas totalement libre.

Avec le recul du témoin relatant les faits, pourquoi le héros de votre album n’a pas vaincu le colon ?

C’est vrai que l’armée royale était vaillante mais elle n’était pas aussi équipée que son adversaire. En plus, elle avait un problème tactique et les alliés de l’armée coloniale lui ont compliqué la tâche. Enfin le roi était si sûr de son affaire qu’il a refusé d’entendre autres voix.

Même pas celles des mânes de ses ancêtres ?

Il était tellement confiant qu’il n’a accordé aucun prix à la fatalité.

Que recouvrent certaines images fortes de l’album, parfois choquantes pour les âmes sensibles?

Une évocation de l’époque, rien que ça.

Comment se passe la promotion de l’album au Bénin et à l’étranger ?

Le livre est disponible dans les librairies pour quiconque souhaiterait l’avoir et nous demandons aux uns et aux autres de nous accompagner en l’achetant massivement. Pour le moment, sa promotion à l’extérieur du pays n’est pas encore faite mais je crois que cela ne tardera pas.

Comptez-vous abandonner bientôt le cinéma sur papier pour le cinéma sur pellicule ?

Pour le moment, je suis encore au papier et je travaille actuellement sur un projet avec la Fondation Zinsou.

Un appel en guise de conclusion ?

Oui, voyez-vous, je suis aujourd’hui auteur de bande dessinée sans l’avoir appris dans une école, ce qui en fait n’est pas normal. Il faut la formation et la professionnalisation dans tous domaines des arts et de la culture pour obtenir de bonnes productions. Il faut ensuite un réel accompagnement car dans le domaine du dessin qui est le mien, il n’y a pas assez d’activités.

René Georges Bada, Afiavimag