Klim Mota, Retour aux racines

Chanteur romantique dans la première phase de sa carrière, Klim Mota souhaite à présent intégrer à sa musique des instruments traditionnels de son pays, comme le tambour d’eau. Son l’album Juras d’amor (Promesse d’amour) est un véritable hymne d’amour, il donne l’envergure du talent de cet artiste.
Klim, qui es-tu et comment es-tu arrivé à la musique ?
Je m’appelle Klim Mota ; je suis originaire de Bolama en Guinée Bissau. En 1986, alors âgé de 20 ans, j’ai quitté mon pays pour des études au Portugal. C’est dans ce pays que j’ai débuté la musique. On me disait doué pour la musique mais je n’avais jamais accordé d’importance à ce don. Ce goût pour la musique, je le tiens de mon père, un commerçant qui chante et joue à ses heures perdues. Au Portugal, j’ai d’abord tenté de réaliser mon rêve de devenir footballeur, mais une lourde blessure m’en a empêché. Un jour que je me trouvais dans son petit studio d’enregistrement, mon ami Silvestre de Pina, surnommé Beto, m’a poussé à chanter sur un morceau qu’il avait composé. Mon improvisation lui a tellement plu qu’il m’en a demandé l’auteur. Ensuite, il m’a enregistré discrètement et quand il m’a joué la bande plus tard, je n’ai pas cru que c’est moi qui chantais. À cette époque, il y avait des émissions de musique africaine sur une radio portugaise. Mon ami leur a envoyé la bande sans m’en informer. Le morceau passait. La chanson évoquait des problématiques liées aux étudiants africains d’Aveiro, la ville où j’étudiais. Lors d’une soirée africaine dans une discothèque, Beto a convaincu le Dj de passer notre morceau. La chanson a eu beaucoup de succès, tout le monde dansait. Je n’en croyais pas mes yeux. Cet épisode m’a permis de prendre conscience de mon potentiel. Je dois mes débuts dans la musique à mon ami Beto.
Comment définis-tu ton style musical ? Et quelles sont tes sources d’inspiration ?
À l’époque où je vivais en Guinée Bissau, plusieurs styles de musique cohabitaient. Il y avait bien sûr les musiques traditionnelles, comme le Gumbé et la Tina, mais on écoutait aussi beaucoup de zouk antillais et de la salsa. À la maison, j’écoutais de la coladeira, car mes parents sont capverdiens. Au Portugal, je fréquentais la communauté angolaise qui vibrait au rythme de la samba. Puis j’ai intégré un groupe, le Bongo’s band, dans lequel j’étais le seul guinéen, les autres étant angolais ou brésiliens. Ma musique est le résultat d’un métissage naturel entre tous ces styles. Pour symboliser ce métissage, je dis souvent que je fais de la musique afro-latine. Pour ce qui est de mes sources d’inspiration, c’est lorsque je suis ému, déprimé ou bien amoureux que j’arrive à écrire et à composer les plus belles mélodies. Je suis souvent réveillé la nuit par des mélodies qui surgissent pendant mon sommeil.
Peux-tu nous retracer ton parcours musical ?
Avec mon ami Beto, j’ai joué dans les bars et les restaurants pendant deux ans avant d’intégrer le Bongo’s band qui avait besoin d’un chanteur. C’était un groupe de reprises avec une certaine renommée. Notre collaboration a duré dix-sept ans. J’ai beaucoup appris et mûri grâce à mon expérience dans ce groupe. On jouait sur tout type de scènes, des discothèques aux fêtes populaires, en passant par les bars et les restaurants. Ensuite, j’ai eu envie d’enregistrer un album en solo, un disque que je pourrais montrer à mes petits-enfants plus tard. L’ambition était au départ modeste, mais cet album a fini par connaître un grand succès au Portugal et en Afrique lusophone. Les duos avec Bonga et Tito Paris ont contribué à son succès. Grâce à cet album, j’ai été en Espagne, aux États-Unis et en France.

azfgComment ta carrière a-t-elle évolué à ton retour en Guinée Bissau ?
Je suis parti très jeune de Guinée Bissau, le retour dans mon pays a été pour moi une révélation. J’ai redécouvert ma culture, mes réalités. J’ai su d’autres styles de musique que je ne connaissais pas. Les musiques traditionnelles m’ont beaucoup inspiré à un tel point que je travaille aujourd’hui sur un album acoustique qui fera une fusion entre la musique traditionnelle de mon pays et mes influences latines.
Es-tu un artiste engagé ?
Je me qualifierai plutôt de chanteur romantique, mais je suis conscient du pouvoir de persuasion de la musique et je me sens concerné par les injustices sociales et politiques. En Afrique, les abus de pouvoir, les injustices sociales forcent les artistes à intervenir et à lutter pour plus de justice sociale.
Quels artistes t’inspirent le plus ?
J’ai une grande admiration pour le chanteur brésilien, Vavá. J’aime beaucoup Bob Marley pour les messages de ses textes et j’apprécie également le guitariste Santana.
Quelle est l’importance de la culture en Guinée Bissau ?
Je pense qu’il est important de valoriser la culture, car elle constitue l’identité qui caractérise chaque peuple. Il est important de valoriser sa culture, sans oublier de respecter la culture de l’autre, car ce que je pense bon pour moi, ne l’est pas forcément pour l’autre. Il faut qu’il existe un respect réciproque. Notre culture c’est notre identité, il est donc fondamental de la valoriser.
Est-ce que les artistes que vous côtoyez en Guinée Bissau ont la même vision sur la culture, les cultures musicales ? Ou est-ce que les artistes cherchent plutôt à gagner rapidement de l’argent et sont prêts à tout pour gagner de l’argent?
C’est une question très pertinente. Je crois que la tentation de faire de la musique commerciale est générale. De nos jours, le système pousse à produire de la musique rapidement afin de la mettre sur le marché et de la vendre. La Guinée Bissau est un petit pays méconnu. Sa musique traditionnelle est inconnue du reste du monde. La promouvoir exige un certain engagement car ce n’est pas une musique pour toutes les oreilles. En Occident, le marché des musiques du monde permet aux artistes de proposer des albums plus culturels et de recourir aux instruments traditionnels de leurs pays. Ce genre de musique nécessite un travail plus long et élaboré. C’est à ce style de musique que je me consacre désormais. J’ai en effet un projet d’album acoustique dans lequel se côtoieront instruments modernes, comme le violoncelle, le violon et la guitare et les percussions traditionnelles de mon pays, notamment le tambour d’eau. Ce travail me procure une grande satisfaction.
Si vous aviez un message à passer aux jeunes de votre pays, que leur diriez-vous ?
Je leur conseillerais de ne pas suivre le modèle proposé par les politiciens de notre pays, je veux parler de la corruption et du banditisme. Je les inviterais à s’accrocher à leurs études et à s’attacher à leur culture afin de ne pas tomber dans les drogues. Il est difficile de vivre une jeunesse normale et saine avec des dirigeants corrompus ; ça l’est d’autant plus pour ceux qui n’ont plus de parents pour les orienter. Malgré tout, il faut distinguer le bien du mal. Qu’ils profitent aussi de leur jeunesse pour bien s’amuser.

Propos recueillis par Augustin d’Almeida (Afiavimag)