Le destin des hommes est-il écrit dans les astres ?

Pour juger, il faut connaître ; en ces moments fertiles aux prétentions incommensurables, nous vous proposons d’entrer en dialogue avec un monde qui tend à lire, son avenir, dans la ronde des astres!

L’astrologie remonterait à 26 000 ans avant Jésus-Christ ; les hommes préhistoriques auraient, non seulement déterminé les couchers et levers du soleil, mais aussi fixé la tradition orale sur les premiers zodiaques.

Éminents dans l’écriture, le langage, la mathématique et la religion, les sages de la Chaldée et du Croissant Fertile auraient possédé, trois millénaires avant Jésus-Christ, les éléments fondamentaux de toute la civilisation du Moyen Orient. L’astrologie ne représenterait que la part empirique de la science chaldéenne ; pour mieux la cerner, faisons une rapide revue de quelques principes.

L’analogie est la base de tout le savoir du monde antique ; arts, sciences, religion et divination découlent de la loi originelle : entre le ciel et la terre existent des liens et des correspondances. Une relation de dépendance et d’affinité existe entre le Bas et le Haut, le Matériel et le Spirituel, le Visible prochain et le Visible lointain. Les correspondances entre les pierres, les métaux, les végétaux, les animaux, les hommes, les jours, les heures, les saisons, les cycles, etc. furent établies avec soins par les Sumériens, les Babyloniens et les Chaldéens.

Les cycles et les rythmes : alternance des jours et des nuits, mouvement des saisons, phases duelles et complémentaires d’élan et de repos, de naissance et de mort ; le rythme cause ou accompagne toutes les manifestations de la nature et de la vie. Les rythmes se succèdent et se répètent, ils s’enchevêtrent et interfèrent. Les cycles, plus ou moins longs, plus ou moins larges, plus ou moins ressentis au sein des choses et des êtres, créent une harmonie universelle et une fantaisie ordonnée. Les mouvements du cosmos affectent le moindre animalcule et le moindre caillou, parties apparemment insignifiantes du grand Tout.

La partie est homologue au Tout : on connait le Tout par la partie, on connait la partie par le Tout ; l’homme est un petit monde qui récapitule et miniaturise le grand monde, microcosme à l’image et à la ressemblance du macrocosme.

Le nom : une chose ou une personne n’acquiert son existence et ne prend place dans l’étoffe de l’univers que lorsqu’elle est nommée. Pour les Chaldéens, les Egyptiens, les Chinois et les Israélites, nommer une personne, un astre, un dieu, une ville, une porte, une montagne, un lieu, équivaut à en prendre possession, ou du moins, à se mettre en rapport vital et décisif avec eux.

Le souhait est efficace : on formule un souhait, on le répète, on le fixe sur la pierre ou le parchemin, on le projette dans la danse, l’incantation, le rite sacré, et il se réalise. Les puissances psychiques remontent les chemins de la correspondance et atteignent efficacement le monde des intermédiaires, des causes et des dieux.

L’action des intermédiaires : entre le Dieu suprême Mardouk et l’homme, grouille un peuple de dieux dont on apprend, pour les apprivoiser, les noms, les fonctions et les comportements. La tâche de l’homme ne consiste pas à se soumettre à eux mais plutôt à se les concilier, à s’assurer leur faveur et leur protection. Les uns sont bons, les autres mauvais ; leurs actions sur les hommes et les choses d’en bas leur ressemblent. Les astres sont leurs habitations et leurs observatoires. On peut les confondre avec les planètes et les constellations. Chaldéens, Grecs et Romains nommaient les étoiles du nom de leurs dieux. Les prêtres égyptiens associaient pareillement leurs dieux aux constellations zodiacales : Apis était le Taureau, Horus et Harpocrate étaient les Gémeaux, Isis était la Vierge, Nephtys, les Poissons. Chaque civilisation de l’Antiquité appelait différemment ses dieux et ses astres, mais la doctrine et le procédé s’identifiaient.

Bref aperçu de l’histoire de l’astrologie

D’après les Grecs et les Romains,  l’influence des astres sur la destinée est fermement établie ; le monde des dieux et celui des hommes se ressemblent, le Bas est comme le Haut, les hommes se connaissent et connaissent le destin en regardant les cieux.

Dans l’Amérique précolombienne, les Mayas se représentaient le monde comme une sphère inscrite dans un cube ; le cube symbolisait la matière, la sphère, l’esprit. La sphère dans le cube signifiait la spiritualisation de la terre.

Malgré des prédictions aberrantes en l’an mille, en 1186 et en 1524, les astrologues se multiplièrent et gagnèrent à leur discipline, la société du Moyen Age. Saint Thomas d’Aquin définit la position de la pensée médiévale sur l’astrologie en ces termes : les influences astrales sont indéniables, elles ne sont pas fatales.

Au cours de la Renaissance, la montée de la raison et des sciences exactes ne fait nullement décliner l’astrologie. Les interdits visaient plutôt les pratiques magiques et démonologiques que plusieurs astrologues mêlaient à leurs travaux.

A la naissance du Roi-Soleil, l’astrologie régnait souverainement sur les esprits. Louis XIV portait, sur l’avers d’un talisman, son horoscope minutieusement dressé. Pourtant, en 1666, l’astrologie fut exclue des disciplines officielles de l’Académie ; Louis XIV, par un décret du 31 juillet 1682, proscrit dans tout le royaume l’impression et la diffusion des almanachs astrologiques. Il en sera pareillement Outre-manche où se déchaineront les adversaires des astrologues.

Sous la double poussée scientifique et philosophique, l’astrologie aux XVIIIe et XIXe siècles se réfugie dans les cénacles des sociétés secrètes sans disparaître totalement des croyances populaires. Des charlatans continueront d’exploiter la crédulité publique sans conjurer le discrédit.

Le renouveau astrologique semble être parti d’Angleterre ; cette forme dite scientifique va se répandre dans le monde anglo-saxon et occidental. Aujourd’hui, elle paraît aux yeux de beaucoup comme une religion de la Destinée, capable de donner aux hommes un apaisement à leurs angoisses, un amendement à leur infortune, une destination heureuse à leur existence, parfois même une justification et une explication de leurs épreuves ou de leurs malheurs.

Les astres parlent, les faiseurs d’horoscopes aussi…

L’astrologie est l’art de juger les personnes ou les collectivités et de prévoir les événements ou les destins d’après l’inspection des astres. La connaissance de la cosmogonie est donc un préalable à tout jugement, ou mieux, à toute interprétation astrologique.

Le soleil trace au long du jour et de la nuit sur la voute apparente du globe céleste, un cercle appelé écliptique ; son plan est incliné sur celui de l’équateur de 23° environ. Les planètes et la lune qui suivent ou précèdent le sillage du soleil, ne s’écartent pas beaucoup de l’écliptique ; leurs tracés forment une bande circulaire partagée en deux par l’écliptique : c’est le zodiaque. Cette bande manifestement invisible, a pourtant été balisée et sectionnée en douze parties égales : ce sont les signes du zodiaque.

En astrologie, le signe zodiacal de naissance désigne un certain tempérament : on est « Bélier » si, à sa date de naissance, le soleil occupait la case du Bélier. Comme l’animal de ce nom, les natifs de ce signe de feu foncent et foncent, tête en avant.

AstresL’astrologue regarde peu le ciel, il consulte les éphémérides et les tables astronomiques ; il dispose d’un modèle type, sorte de roue à cercles concentriques où sont déjà inscrits, inamovibles, les signes du zodiaque. Reste à demander au consultant l’heure, la date et le lieu de sa naissance pour fixer, sur l’horoscope, le cliché fidèle du ciel natal. Alors commence la véritable tâche de l’interprétation : art, science, expérience s’emparent des données multiples et complexes que synthétise l’horoscope pour en déchiffrer la signification. Toute réalité humaine a son commencement et son devenir, on peut donc en faire l’horoscope.

Le destin de l’homme est d’abord et avant tout entre ses mains ; si les astres parlent, il arrive aussi qu’on parle à leur place car, leur plus authentique langage est souvent bien loin de ce que leur prêtent les faiseurs d’horoscopes.

René Georges Bada