Mister George, le sacre!

Premier joueur africain a remporté le Ballon d’or, premier ancien footballeur professionnel à devenir chef d’État ; visiblement, George Weah adore tutoyer les sommets. Lundi prochain, il succèdera à la première femme élue président en Afrique, avec comme patate chaude entre les mains, l’attente démesurée d’une population vivant à 64% sous le seuil de la pauvreté.

Cette fois aura été la bonne ; à 51 ans, l’ancien footballeur international se fera appelé désormais Mister the president! Avec 61,5 % des voix, George Tawlon Manneh Oppong Ousman Weah a largement remporté le scrutin du 26 décembre dernier face au vice-président sortant, Joseph Boakai.

Pourtant, la reconversion du sportif de renom en politique a mal commencé en 2005. A l’époque, Ellen Johnson Sirleaf, l’économiste sortie victorieuse de la joute électorale, avait dénoncé le manque de formation de son challenger et son inexpérience en politique. Mais la star du cuir rond ne se laisse pas abattre pour autant, il revient à la charge en 2011, revoyant, cette fois, ses ambitions : candidat à la vice-présidence, le ticket formé avec Winston Tubman sera battu par la présidente sortante. Finalement, le sénateur de Monrovia la capitale, élu en 2014, réussira, cette fois, à se hisser, sans coup férir, à la tête de l’Etat libérien.

Fait historique dans un pays dominé depuis 1822 par les descendants d’esclaves américains : un natif de l’ethnique krou, élevé dans la plus grande pauvreté par sa grand-mère, parvient au sommet de l’état. Des proches l’auraient démarché à cette fin dès 2005 alors qu’il menait une vie paisible aux Etats-Unis. Lui, qui a toujours plaidé pour la paix au Libéria, s’est alors vu pousser des ailles. L’homme neutre croyait en ses chances, car pendant que la guerre civile qui a ravagé son pays entre 1989 et 2003, il menait une brillante carrière sportive en Europe.

Mighty Barolle et Invincible Eleven, sont les deux plus grands clubs libériens à utiliser ses services avant qu’il ne rejoigne le club camerounais du Tonnerre de Yaoundé. En 1988, alors âgé de 22 ans, il fait ses premières armes à l’AS Monaco avec à la clef une coupe de France en 1991 en une finale perdue face aux allemands du Werder de Brême en coupe des coupes en 1992.

Transféré la saison suivante à Paris il s’impose comme le meilleur buteur du Paris Saint Germain, inscrivant 55 buts en 137 matchs avec notamment 8 buts en Coupe des champions lors de la saison 1994-1995. Sollicité par l’AC Milan Weah signe en l’Italie où il est récompensé quelques mois après son arrivée par le Ballon d’or et remporte deux titres de champion d’Italie en 1996 et 1999.

Mister George rejoint ensuite Chelsea en Angleterre. Malgré une coupe en 2000, il n’arrive pas à s’imposer dans sa nouvelle équipe. Il décide alors de se consacrer à son équipe nationale et échoue à un point de la qualification pour le mondial 2002. Après une virée à Manchester City puis à l’Olympique de Marseille, il part aux Émirats arabes unis, sociétaire du club Al Jazira jusqu’en 2003.

Contre l’idole du peuple, les critiques ne manquent pas. Comment diable a-t-il pu s’accommoder de Jewel Howard-Taylor, sa colistière et ex-épouse d’un criminel qu’il avait pourtant en horreur au point de renoncer à rentrer dans son propre pays tant que celui-ci en sera toujours le président ? Et que dire de son programme électoral « rendre le pays autonome sur le plan agricole et rénover les infrastructures », un catalogue de bonnes intentions, selon ses détracteurs.

Ce père de quatre enfants dont une fille, né de parents chrétiens, converti à l’islam, pour ensuite revenir au christianisme, sera-t-il le messie que son pays attendait ? Wait and see.

René Georges Bada