Pour que l’agriculture devienne un secteur « branché

Lancé en mars 2017 au siège de la Banque africaine de développement (BAD) à Abidjan, afin de révéler l’agriculture en Afrique sous le signe de l’innovation, le concours AgriPitch a livré son verdict au premier jour des 52e Assemblées annuelles de la Banque, lundi 22 mai 2017, à Ahmedabad (Inde). L’occasion de braquer les projecteurs sur les agri-preneurs, qui incarnent on ne peut mieux le dynamisme de la jeunesse africaine ainsi que le rôle capital de l’agriculture, thème spécifique des Assemblées cette année.

Cette remise de prix s’est faite dans le cadre d’une session plus large, intitulée « l’agriculture, c’est “cool” : susciter l’intérêt de la jeunesse africaine ».

Les trois finalistes du concours, invités aux Assemblées à Ahmedabad, se sont vu remettre leur distinction. Le premier prix est ainsi revenu au Ghanéen Ababio Kwame, 24 ans et patron-fondateur de Green Afro Palms. Créée en 2012 au Ghana, sa société est spécialisée dans la production, l’extraction et la commercialisation de l’huile de palme. Elle s’est aussi lancée dans la transformation, avec la vente de produits à plus forte valeur ajoutée, entre gâteaux à base de fibre de palme et cosmétiques.

Le deuxième prix est revenu à l’entreprise kenyane FarmDrive, basée à Nairobi et représentée par Mary Joseph, directrice des partenariats et des relations extérieures. Les petits producteurs kenyans ayant de grosses difficultés à obtenir des prêts et financements auprès des banques, elle a conçu une solution innovante, qui fournit des profils de risque détaillés des petits agriculteurs aux institutions financières.

Fondateur de J-Palm Liberia, le Libérien Mahmud Johnson, 23 ans, a remporté la troisième place. Poursuivant une étude de marché détaillée et axée sur le consommateur, il développe des produits cosmétiques innovants à base d’huile de palme et d’huile de noix de palme) en privilégiant un service de proximité avec ses clients.

« L’agriculture doit, aujourd’hui, être un secteur branché », a ainsi plaidé l’ex-président du Ghana, John Dramani Mahama. Et d’ajouter : « Nous devons faire vite et impliquer les jeunes, qui sont créatifs, dans le développement du secteur agricole. Il faut préparer l’avenir en préparant la jeunesse ».

Une invite à laquelle Noel Mulinganya, coordinateur du Programme des jeunes agri-preneurs pour l’Institut international d’agriculture tropicale (International Institute of Tropical Agriculture) à Kalambo, à l’est de la République démocratique du Congo, a lancé une piste de réflexion : accompagner financièrement les projets novateurs des jeunes. « Les jeunes Africains peuvent avoir des idées novatrices. Mais ils veulent que ces idées soient financées. Ils veulent développer un modèle qui inspire d’autres jeunes », a-t-il ajouté.

Evelyn Ohanwusi, chargée des partenariats et du marketing pour le programme Jeunes agri-preneurs de l’IITA, a quant à elle, mis l’accent sur la nécessité d’accroître la mécanisation dans le secteur, mais aussi de recourir aux nouvelles technologies : « Nous avons besoin d’un tracteur pour cultiver les champs. Mais il faut aussi Internet, grâce auquel on peut commander un tracteur », a-t-elle cité en exemple.

Le concours Agripitch est une initiative conjointe de la BAD, de l’Institut international d’agriculture tropicale (International Institute of Tropical Agriculture, IITA), du Réseau africain d’incubateurs d’agri-entreprises (African Agribusiness Incubation Network, AAIN) et du Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA). Il s’inscrit dans la droite ligne de l’une des Cinq grandes priorités, dites Top 5, de la BAD, « Nourrir l’Afrique », dont l’ambition est de transformer la donne dans l’agriculture en Afrique. La Stratégie de la Banque en matière de transformation de l’agriculture en Afrique pour la période 2016-2025 est ambitieuse.

La BAD a ainsi débloqué plus d’un milliard de dollars pour soutenir des projets agricoles montés par des jeunes, notamment au Cameroun, au Soudan et au Nigeria. Et grâce à toutes les initiatives qu’elle déploie, ce sont plus de 300 000 entreprises et plus de 1,5 million d’emplois directs qui devraient être créés d’ici à 2025.

À Ahmedabad, plus de 3 000 délégués, y compris les chefs d’État et de gouvernement, les ministres des finances et les chefs des banques centrales, participent aux réunions des Assemblées annuelles de la BAD, aux côtés des représentants des institutions multilatérales de financement du développement, des agences de développement, du secteur privé, des organisations non gouvernementales, de la société civile et des médias.

SOURCE Groupe de la Banque africaine de développement (BAD)