Un Grand d’Afrique s’en est allé

L’ancien secrétaire général de l’Organisation des Nations unies de 1997 à 2006, le Ghanéen Kofi Annan, est décédé samedi 18 août à l’âge de 80 ans à Berne en Suisse d’une soudaine maladie selon un communiqué de sa Fondation. Son pays observe depuis hier une semaine de deuil national.

Précédemment directeur du tourisme, Kofi Annan fit un détour par l’Organisation mondiale de la santé avant de rejoindre l’Organisation des Nations unies en 1962.

Né en 1938 à Kumasi, il a reçu en 2001, conjointement avec l’Organisation des Nations unies, le prix Nobel de la Paix pour ses efforts en faveur d’un monde mieux organisé et plus pacifique ; le lauréat s’était réjoui à l’occasion d’avoir placé l’être humain au centre de tout ce qu’il entreprenait, de la prévention des conflits au développement et aux droits de l’homme.

Même après avoir officiellement quitté ses fonctions, Kofi Annan a continué d’affirmer sa présence sur la scène diplomatique. Déjà en 2012, il avait essayé de voler au secours de son successeur Ban Ki-moon pour une mission de bons offices en Syrie ; l’expérience ayant tourné court, il a dû jeter l’éponge avec cette formule lapidaire j’ai perdu mes troupes sur le chemin de Damas. Plus récemment, il prit la tête d’une commission sur les droits des musulmans rohingyas dont plus de 700 000 ont été poussés à l’exode au Bangladesh en 2017 face à la répression de l’armée birmane. Enfin sa propre fondation consacrée au développement durable et à la paix a été portée sur les fonds baptismaux et il faisait partie du groupe des Anciens (The Elders) créé par Nelson Mandela pour promouvoir la paix et les droits de l’homme.

Ses échecs alors qu’il était à la tête des missions de maintien de la paix des Nations unies notamment le génocide des Tutsis au Rwanda et le massacre des musulmans en Bosnie l’ont préparé à son défi le plus important à la tête de l’Organisation des Nations unies : faire comprendre la légitimité et la nécessité d’intervenir en cas de violation flagrante des droits de l’homme. Premier secrétaire général issu de l’Afrique subsaharienne, il a dirigé l’organisation de mains de maître pendant la période d’après les attentats du 11 septembre 2001 puis de la guerre en Irak, avant de voir son bilan terni par des accusations de corruption dans l’affaire pétrole contre nourriture.

Parmi les nombreuses réactions à sa disparition on note celle d’Antonio Guterres, secrétaire général de l’Organisation des Nations unies qui a qualifié son regretté prédécesseur de force qui guidait vers le bien et surtout l’hommage appuyé du président ghanéen Nana Akufo-Addo pour qui son compatriote et ancien diplomate onusien a considérablement contribué au renom de leur pays par sa position, sa conduite et son comportement dans le monde. Kofi Annan laisse Nane Lagergren sa veuve d’origine suédoise et les orphelins Nina, Kojo et Ama.

René Georges Bada